L’art du café

Le monde se divise en deux classes : ceux qui vont au café et ceux qui n’y vont pas. Moi je n’y vais plus. Pourtant sous mes yeux, à travers la vitre, je vois tout un monde qui s’agite. Un monde inconnu. Un monde remplit de lumière. Un monde joyeux pourtant si éphémère… J’ai froid là-dehors. Je grelotte à travers mon manteau fané. Cependant, je n’ose entrer. Bien trop peur de tous ces regards tournés vers moi. Bien trop peur des gens que je ne connais pas. Je suis seule, toute seule sous la neige virevoltant dans mes cheveux. C’est un mois de décembre où tout le monde devrait être heureux. C’est un mois de fête lorsqu’on vit à deux. Et moi, je suis seule, sans un sous, sans un toit. Et j’ai froid. Lorsque je vois ce sapin de neige illuminé, je souris. Je repense à mes enfants et à ces années où ma vie était remplie. Mais il n’y a plus aucune vie en moi depuis bien trop longtemps. J’aperçois la serveuse, une jeune femme blonde, servir un café à un homme seul, assis dans le coin près de la porte. Un bon café chaud avec une mousse onctueuse. J’en rêve ! Et cet éclair qui vient de passer, je sens encore le goût de la crème dans ma bouche. L’homme, d’une cinquantaine d’années, est installé dans un fauteuil blanc qui semble bien confortable. En face de lui, une petite table ronde lactée. De là où je suis, je peux apercevoir le comptoir d’un blanc immaculé lui aussi. Des lampes en forme de cônes d’un gris argenté se soulèvent au-dessus du comptoir. Un bouquet d’orchidée lui donne un certain charme. Mais revenons à cet homme solitaire. Il m’intrigue. Peut-être est-il lui aussi seul pour Noël ? Est-il aussi triste que moi ? Il m’a l’air pensif… Et que peuvent bien se raconter tous ces gens riant aux éclats ? Sans doute des niaiseries superficielles et des blablas… Moi, je n’ai rien à dire. Ma vie est vide. Elle est blanche comme la neige dans mes cheveux, comme la couleur qui semble dominer ce café. Il y a quelques fauteuils noirs cependant s’assemblant comme un damier. Mais qu’entends-je derrière ma vitre ? La machine à café tourne avec vivacité. J’adorais le café avant. Le Cappucino, c’était mon préféré. Comme je voudrais entrer… Mais j’ai bien trop peur avec mes vêtements de dur labeur. Sur le mur, une affiche de pâtes fraiches bien colorée. Cela donne l’eau à la bouche ! De l’autre côté, un mur d’ardoise gris anthracite. Le vieil homme est en train de lire un livre. Je n’arrive pas à voir le titre. J’aimais lire moi aussi avant. Voltaire, Maupassant, Baudelaire… Maintenant, je me sers de journaux pour me tenir chaud. Sa tasse est presque vide. J’ai envie d’un café. Ma vie est bien livide. La musique du café résonne comme un écho de bonheur. Cela me donne du baume au cœur. L’Art du café, il s’appelle. Je voudrais y entrer. Mais que diraient les autres. Je ne suis qu’une sans abris qui n’a plus de vie.

 

Tous droits réservés © – Décembre 2014

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